« Rizk el bilik » A la galerie Elbirou
Du social au plastique

Cette exposition se veut l’écho plastique d’un phénomène sociétal : jeter dans la rue. Partant de ce qui pourrait ressembler à une banalité, cet acte va révéler une tout autre complexité : de quoi ce geste est-il fait ? Est-il volontaire ? A quoi répond-il ?
Rizk el bilik, tel est le thème de l’exposition de l’artiste français Pascal Mahaud qui se tient actuellement à la galerie Elbirou de Sousse et dont le vernissage a eu lieu le samedi 13 mai. L’exposition comporte 30 œuvres de gravure titrées toutes « Rizk el bilik ». « Elles sont réalisées, comme nous l’a indiqué l’artiste, selon une technique contemporaine utilisant des rouleaux compresseurs et une presse à taille douce pour mettre en relief les plis, les creux et les reliefs, une technique qui facilite l’impression des encres ainsi que la récupération des empreintes des papiers collectés dans la rue.
L’approche artistique se veut un dialogue plastique entre la forme gravée et le reste de la surface afin de donner un espace à l’expression verbale. L’œuvre devient, alors, un support où le contemplateur peut se projeter.
L’exposition comporte aussi deux installations. La première est constituée d’un assemblage de feuilles de papier froissées suspendues dans l’air et qui prennent la forme d’un nuage. La seconde installation est constituée d’un assemblage de feuilles froissées représentant, cette fois, la terre.
« Cette seconde installation, nous affirme l’artiste, met en exergue l’acte de jeter du papier dans l’espace public suivant un mouvement allant de haut vers le bas, tandis que l’installation des feuilles suspendues simule un mouvement ascendant.
En fait, Rizk el bilik est une expression tunisienne souvent utilisée pour exprimer la dégradation du bien public. Dans la mémoire collective tunisienne, ce mot signifie un bien usurpé par un corps étranger, qui ne cherche qu’à satisfaire son propre intérêt et c’est dans ce sens que s’ouvre ainsi un droit légitime de le dégrader.
« La question de la place de l’être humain dans la société est au cœur de mes recherches artistiques, explique l’artiste Pascal Mahaud. Depuis longtemps intéressé par le lien qu’il entretient à son existence, l’Homme a-t-il encore une place dans ce monde ? Les sociétés donnent à voir de multiples changements dans leur évolution. Au centre de celles-ci, l’être humain génère différentes dynamiques pour garder sa place envers et contre tout.
Le projet Rizk el bilik se veut l’écho plastique d’un phénomène sociétal, à savoir : jeter dans la rue. Partant d’un acte qui pourrait être considéré comme banal, il va révéler une tout autre complexité.

Auteur : Hichem Benzarti 20/05/2017
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